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Les couleurs de l’économie : tout sauf de la grisaille

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On pourrait croire que tout est terne et « gris » quand on parle d’économie. Et pourtant, ce ne sont pas les couleurs qui manquent : économie verte, économie noire, voire même économie pourpre (ou rose), on retrouve autant de nuances chromatiques dans l’économie que dans le plus vibrant des arcs-en-ciel. Quelles sont ces couleurs, comment se distinguent-elles et que signifient-elles en termes économiques ? Le temps est venu d’admirer la « palette de l’économie ».

« L’économie » est un de ces termes qui peut se prêter à plusieurs interprétations : dans son sens plus large, il s’agit bien entendu de la science qui analyse les mouvements de production et de consommation des biens et services.  Mais le terme peut aussi avoir un sens plus restreint quand on l’applique à une population ou un secteur déterminé de l’activité économique (l’économie canadienne ou l’économie du savoir, par exemple). Dans ce cas, on parle « d’économies » et on associe de plus en plus fréquemment des « couleurs » à ces diverses économies.

Certaines de ces couleurs de l’économie sont mieux connues que d’autres : c’est le cas notamment de l’économie verte qui, comme tout ce qui est « vert » en général, est associée à l’environnement et vise la réduction des risques environnementaux en préconisant le développement durable sans détérioration de l’environnement. Une des premières mentions du terme remonte au Sommet Planète Terre qui s’est tenu à Rio de Janeiro, au Brésil, en 1992. 

Depuis, l’idée selon laquelle toute mesure de la croissance économique doit aussi tenir compte des impacts sur l’environnement de cette même croissance, n’a cessé de gagner en importance, à tel point que l’Organisation des Nations-Unies compile maintenant ce qu’on pourrait qualifier de « comptes nationaux verts » (essentiellement une mesure de l’activité économique totale d’un pays, déduction faite du coût environnemental de cette activité) (1).

Se rapprochant de l’économie verte (dans l’esprit, sinon dans les faits), l’économie bleue considère l’importance des océans, au-delà de leur valeur pour l’économie. Les océans qui recouvrent notre planète ont été, depuis les temps immémoriaux, une source de ressources et, par conséquent, d’activité économique. L’économie bleue aimerait que cette exploitation se poursuive, mais dans une optique de durabilité, notamment grâce à une utilisation responsable des ressources ainsi qu’une réduction des activités engendrant de la pollution marine. Cependant, aussi louable soit-elle, la préservation de la santé des écosystèmes marins n’est pas une tâche facile quand on considère que l’essentiel de l’environnement marin se trouve à l’extérieur des frontières nationales, dans une zone échappant parfois à toute réglementation nationale ou internationale.

À noter que certains assimilent plutôt l’économie bleue à une forme d’économie circulaire, c’est-à-dire une économie qui consiste à produire des biens et des services de manière durable en limitant la consommation et le gaspillage des ressources et la production des déchets. Ce modèle repose sur le recyclage ou la réutilisation des matériaux ou des produits avant leur destruction finale.

Si les économies verte et bleue sont bien intentionnées en terme de protection de l’environnement, il n’en est pas de même de l’économie brune qui, elle, se rapporte à l’ensemble des activités économiques qui contribuent de façon significative à la pollution de l’air et de l’eau, telles que l’extraction de minerais ou de combustibles fossiles comme le charbon et le pétrole. L’économie brune est source de pollution et de dégradation de l’environnement car elle ne se préoccupe pas des effets négatifs sur l’environnement des activités de production et de consommation, mais seulement des indicateurs financiers de rendement. Il s’agit donc d’un modèle économique plus ancien (et non durable) qui prévaut encore malheureusement dans bon nombre de pays.

Lueur d’espoir ou signe des temps, l’économie brune a, sans doute malgré elle, donné naissance à un nouveau secteur d’activité économique, à savoir celui des entreprises vouées au nettoyage et à la décontamination des résidus des activités économiques polluantes (récupération des produits chimiques utilisés lors de l’extraction des métaux précieux, par exemple). Une économie vert foncé, en quelque sorte.

L’économie brune tend aussi de plus en plus à céder sa place à l’économie dorée (que certains auteurs qualifient aussi parfois « d’économie ensoleillée »), c’est-à-dire l’économie composée des activités économiques qui visent à remplacer les combustibles fossiles par des sources d’énergie renouvelables (énergie éolienne, solaire, hydroélectrique, géothermique, etc.). Mais, il reste encore beaucoup de chemin à faire avant que cette économie ne remplace l’économie brune.

Au-delà de l’environnement

Bien entendu, l’économie ne se préoccupe pas que d’environnement. Certaines économies ont aussi des composantes plus sociales. C’est le cas notamment de l’économie pourpre qui vise à encourager l’amélioration des conditions économiques de groupes plus vulnérables tels que les enfants ou les personnes dont la capacité est réduite (une variante de l’économie pourpre, l’économie rose vise également à favoriser l’activité économique d’un groupe longtemps aux prises avec des problèmes de discrimination, à savoir la population gaie). Au-delà des efforts au nom de certains groupes bien précis, l’économie pourpre préconise également un meilleur équilibre entre activité économique et bien-être, notamment grâce à l’adoption de mesures liées aux congés de maternité, aux horaires de travail flexibles et à l’aplanissement de l’écart de rémunération entre les sexes.

Un segment de population de plus en plus important sur le plan démographique, les personnes âgées (2) ont maintenant aussi leur propre économie puisqu’elles font partie de ce qu’on nomme l’économie « argentée » (Silver Economy, en anglais). On s’en doute, l’économie argentée rend compte de l’activité économique générée par la production et la consommation de biens et services destinés aux personnes âgées. En raison du vieillissement de la population, l’économie argentée est devenue un segment non négligeable de l’économie totale de plusieurs pays où elle contribue à un large éventail d’industries, notamment la santé et la nutrition, les loisirs ainsi que le tourisme.

Comme nous venons de le mentionner, la santé est une composante importante de l’économie argentée, mais elle constitue aussi une économie en soi, l’économie blanche, qui comprend les nombreuses activités économiques liées à l’offre de services de santé. L’économie blanche est très vaste et comporte de nombreuses facettes dont les hôpitaux, l’industrie pharmaceutique ainsi que les entreprises fournissant des appareils médicaux. Cette économie repose aussi en bonne partie sur l’expertise et la contribution des nombreux professionnels du domaine de la santé, allant du personnel médical aux divers préposés. Selon les pays, l’économie blanche relève d’un modèle entièrement public, entièrement privé, ou d’un mélange de ces deux modèles.

Le côté sombre

Il y a une couleur de l’économie dont nous n’avons pas encore parlé, en bonne partie parce que son existence, si elle n’est pas remise en doute, n’en est pas moins découragée. Il s’agit, bien entendu, de l’économie noire, un terme utilisé pour décrire l’ensemble des activités économiques illégales ou non autorisées, telles que la vente de certaines drogues (c’est-à-dire celles qui n’ont pas fait l’objet d’une légalisation), la traite des êtres humains ou la contrebande d’armes. L’illégalité par rapport aux lois en vigueur (y compris, cela va de soi, les lois en matière d’impôt) est au cœur des activités économiques liées à l’économie noire. En raison de l’illégalité des transactions, il n’est pas facile d’évaluer l’importance de l’économie noire au Canada (ou ailleurs), même si les plus récentes données de Statistiques Canada en matière « d’économie souterraine » (3) font état de 2.7 % du Produit intérieur brut (PIB) total en 2021 (4).

Il ne faut pas confondre l’économie illégale avec les activités économiques accomplies dans le cadre de l’économie grise qui, elles, ne contreviennent à aucune loi, si ce n’est aux lois en matière d’imposition des revenus (les plus importantes, selon certains). En effet, l’économie grise regroupe toute activité accomplie de telle sorte qu’elle ne génère pas de revenus sous forme d’impôt aux divers niveaux de gouvernement. Il peut s’agir, par exemple, de la vente de produits hors-taxe (tels que les cigarettes de contrebande), mais ce sont de loin les salaires et pourboires non déclarés qui demeurent l’activité économique principale de l’économie grise. Toujours selon les mêmes données de Statistiques Canada citées plus haut (3), l’industrie de la construction résidentielle a généré à elle-seule plus de 35.0 % de l’activité économique souterraine au Canada en 2021, vraisemblablement en raison de l’importance du travail au noir dans cette industrie (quoiqu’il serait sans doute plus juste de parler de « travail au gris » dans ce genre de situation).

Et les autres

On pourrait également s’attarder sur certaines autres couleurs de l’économie (5), mais l’absence de consensus quant aux définitions de celles-ci fait en sorte qu’il est peut-être prématuré de les inclure parmi les couleurs de la palette de l’économie (pour l’instant). 

Au final, le recours aux couleurs pour décrire certaines activités économiques permet de réaliser une analyse plus complexe qui va au-delà du rendement financier d’un secteur particulier et fait plutôt ressortir l’importance (et l’impact) de ces activités au sein de l’économie globale. On peut compiler des données sur certaines activités économiques comme l’agriculture ou le transport de marchandises, mais prises en isolation, ces données parlent peu, sauf si on ne s’intéresse qu’à la performance financière. Par contre, le fait de regrouper des données en provenance de plusieurs secteurs sous une même couleur et d’inclure les coûts pour l’environnement dans le calcul du « rendement », comme le fait l’économie verte, par exemple, permet une meilleure vue d’ensemble quant au véritable impact de certaines activités économiques, histoire de voir si le jeu en vaut vraiment la chandelle.

Et, en plus, c’est beaucoup plus joli avec des couleurs …

Publiée par la Société de développement économique de la Colombie-Britannique, la série de dossiers « L’économie déchiffrée » vise à mettre en relation plusieurs données statistiques liées à l’économie de la Colombie-Britannique dans le but de mieux outiller sa clientèle afin qu’elle comprenne davantage les défis présents et à venir.

Notes :

(1) : Le Canada ne compile pas de « compte national vert », même si Statistiques Canada publie depuis quelques années déjà une série de « comptes des flux physiques », qui ne sont ni plus, ni moins, qu’une série de mesures portant sur divers types d’émissions et de résidus.

Voir https://www23.statcan.gc.ca/imdb/p2SV_f.pl?Function=getSurvey&SDDS=5115 pour plus de détails.

(2) : Bien qu’on s’entende en général pour dire que l’on vit de plus en plus vieux dans les sociétés industrialisées, la situation n’est pas aussi claire quand vient le temps de déterminer l’âge qui permet d’accéder au statut de « personne âgée » : s’agit-il de 50 ans ou de 65 ans, voire-même plus (certains prétendent que puisque l’espérance de vie ne cesse d’augmenter, on devrait en parallèle repousser à la hausse l’âge où on devient une « personne âgée ») ? Une distinction importante qui peut faire une différence de quelques centaines de millions d’individus à l’échelle planétaire. 

(3) : Les définitions de ce qui constitue une « économie souterraine » varient selon les auteurs. Ainsi, pour Justice Canada,  l’économie souterraine est une notion hybride qui comprend à la fois une partie de l’économie noire et de l’économie grise. Selon la définition adoptée par ce ministère, les activités de l’économie souterraine « … même si elles sont illégales, sont suffisamment importantes pour être considérées comme une économie distincte. C’est ce qu’on appelle généralement l’économie parallèle ou souterraine. Les transactions qui constituent l’économie parallèle ou souterraine (cachée) vont notamment de la garde d’enfant échappant à toute imposition jusqu’au meurtre à forfait, en passant par le trafic de drogue et la traite des personnes. » 

Voir https://www.justice.gc.ca/fra/pr-rp/jr/noir-black/p2.html pour plus de détails.

(4) : https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/230220/dq230220b-fra.htm

(5) : On songe ici notamment à l’économie rouge (qu’on associe tantôt aux économies nationales contrôlées par l’État selon l’ancien modèle communiste, tantôt à des modes de production de masse) ou à l’économie orange (définie par certaines auteurs comme l’économie des activités créatrices comme les arts ou le design, alors que, pour d’autres, il s’agit plutôt d’une façon plus poétique de décrire ce qu’on qualifie généralement d’économie du savoir).

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