Pénurie dans les métiers : les femmes en renfort?

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La Colombie-Britannique fait présentement face à une pénurie de main-d’œuvre. Cette pénurie se manifeste dans plusieurs secteurs d’emploi, mais est particulièrement évidente dans le recrutement des personnes de métiers (tradespersons). Une solution possible, celle qui consiste à attirer plus de femmes à pratiquer des métiers, ne semble pas donner les résultats escomptés puisque leur nombre stagne ou augmente très légèrement dans l’ensemble des corps de métier. Quel est l’état de la situation à l’heure actuelle et quelles sont les perspectives d’avenir en termes d’égalité des sexes dans les métiers traditionnellement occupés par des hommes?

Pénurie dans les métiers

Dans son analyse annuelle des perspectives en matière d’emploi pour l’année 2021, WorkBC note que la pénurie de personnes de métier continue en s’amplifiant en Colombie-Britannique et prévoit que des milliers de postes seront à pourvoir au cours des dix prochaines années (1). Pas de véritable surprise quant aux domaines avec les besoins les plus criants d’ici 2031: la restauration (12,470 ouvertures de poste prévues), la mécanique automobile (6,620) et la construction (6,340) viennent en tête de lice, alors que des domaines plus spécialisés comme la mécanique aéronautique (1,650) et le plâtrage (1,370) seront aussi à la recherche d’un nombre considérable de candidats.

Combler ces postes vacants (actuels ou à venir) est un défi de taille : on ne s’improvise pas personne de métier et tous les domaines d’embauche exigent à la fois des périodes de formation théorique en classe ainsi qu’une expérience pratique le plus souvent acquise en milieu de travail. À ces préalables viennent aussi parfois s’ajouter des exigences de certification pour certains corps de métier. Bref, malgré les perspectives encourageantes (et la rémunération concurrentielle), on assiste à une pénurie chronique.

Une solution? l’embauche d’un plus grand nombre de femmes

En théorie, il est une solution qui pourrait potentiellement doubler le nombre de candidats dans les divers corps de métier. Il s’agit bien évidemment de l’embauche d’un plus grand nombre de femmes dans des métiers traditionnellement réservés aux hommes. Malheureusement, malgré des campagnes de promotion à cet effet et une évolution générale des attitudes en matière d’égalité des sexes, les femmes demeurent encore sous-représentées dans bon nombre de corps de métier, à tel point qu’elles ne représentent à l’heure actuelle que 7.7 % des personnes de métier en Colombie-Britannique (2).

S’agit-il d’une tendance à la hausse ou à la baisse? À la lecture des plus récentes statistiques provinciales à ce sujet (3), il y a de quoi être prudemment optimiste. En effet, si on fait exclusion des demandes de certification pour 2020-2021 (en plein cœur de la pandémie de COVID), on constate une augmentation de 12.8 % dans le nombre des demandes de certification pour des métiers entre 2011-12 et  2019-20 en provenance de femmes. Même si on est encore bien loin de la parité (en termes absolus, on compte environ 9 hommes pour chaque femme qui exerce un métier), c’est un pas dans la bonne direction, surtout si considère que, pour la même période, le nombre de demandes en provenance d’hommes a diminué de 15.1 %. 

Malheureusement, on doit pondérer légèrement cet enthousiasme quand on considère les types de métiers où on retrouve des femmes : pas de mécaniciennes en aéronautique, d’opératrices de grues hydrauliques ou de briqueteuses et les femmes qui optent pour des métiers le font majoritairement en cuisine/pâtisserie (plus de 50 % des femmes qui occupent un métier), en coiffure (environ 10 % du total des femmes) ou en horticulture (environ 5 % du total des femmes). On ne retrouve pas cette même concentration du côté des hommes dont la répartition est plus uniforme.

Quelques données encourageantes au passage : même s’il s’agit encore de chiffres modestes, le nombre d’électriciennes et de plombières a augmenté respectivement de 77 % et 130 % entre 2011 et 2020. On retrouve cependant moins de soudeuses et de menuisières qu’il y a 10 ans, mais il importe de souligner l’arrivée de femmes dans ces domaines très largement dominés par les hommes au fils des ans. La donnée la plus surprenante? On comptait 13 embaumeuses certifiées en 2017-2018, puis plus aucune depuis.

Ailleurs au Canada

Comment la Colombie-Britannique se compare-t-elle au reste du pays? Selon les plus récentes données de Statistiques Canada (4), les femmes représentent 7 % des personnes travaillant dans les « métiers, transport, machinerie et domaines apparentés » à l’échelle nationale. La Colombie-Britannique fait bonne figure avec une proportion de femmes de 7.7 % dans ce type d’activités (seule l’Alberta, province voisine, affiche un pourcentage plus élevé avec 7.8 %). À l’inverse, deux provinces des Maritimes, l’Ile-du-Prince-Edouard et le Nouveau-Brunswick éprouvent des difficultés plus prononcées à recruter des femmes dans les métiers avec des pourcentages de 4.6 % et 4.5% respectivement. Malgré tout, ces données représentent des augmentations quand on les compare aux données de 2011 où la moyenne nationale se situait à 5.6 %.

L’avenir des métiers : réalité virtuelle, tâches informatisées et robots

Même si le pourcentage de femmes dans les métiers semble plafonner, il est un facteur qui pourrait donner un nouvel élan aux efforts de parité : la technologie. En effet, la révolution digitale qui touche l’ensemble des professions commence à se faire sentir de plus en plus dans les métiers : casques de réalité virtuelle qui facilitent la visualisation d’un édifice à partir de plans d’édifices en construction, logiciels 3D qui permettent des coupes de bois au millimètre près, travaux de soudure à distance à l’aide d’un robot, etc. ne sont là que quelques uns des exemples de ces nouveaux outils digitaux qui feront vraisemblablement partie du coffre d’outils de la personne de métier de demain.

Ces outils digitaux feront appel à des nouvelles compétences que les personnes de métier devront acquérir prochainement. En fait, on estime que pas moins de 25 % des personnes de métier devront mettre leurs compétences à jour au cours des 5 prochaines années afin d’y intégrer la connaissance des nouveaux procédés dérivés de la technologie (5). Ce virage important aura pour effet de minimiser encore davantage l’importance de la force physique (pendant longtemps l’apanage des hommes et un prétendu obstacle à la venue des femmes dans les métiers, même si de nombreuses études ont démontré que le travail sur les chantiers de construction n’est finalement pas aussi physique qu’on pourrait le penser) et de « niveler le terrain de jeu », pour reprendre l’expression consacrée. L’époque où les personnes de métier devaient constamment soulever des blocs de béton ou abattre des arbres à la hache, à défaut d’être révolue, tire à sa fin.

En jumelant ces changements profonds dans la façon dont les métiers sont exercés avec certaines mesures gouvernementales destinées à permettre aux femmes de concilier plus facilement famille et métier (telles que l’instauration d’options plus flexibles en matière de garde d’enfants), il y a lieu de croire que de nouveaux progrès vers un meilleur équilibre des sexes dans les métiers sont possibles. Il reste encore beaucoup de chemin à faire avant d’atteindre une égalité absolue en terme de nombres, mais on peut se demander s’il s’agit-là de l’objectif ultime. En effet, l’égalité véritable sera peut-être atteinte le jour où les obstacles, peu importe leur nature, n’existent plus et chaque femme qui le désire est en mesure de pratiquer le métier de son choix.

En février 2017, la province de Colombie-Britannique publiait « Enhancing the Retention and Advancement of Women in Trades in British Columbia : Final Report » (6), une étude sur le recrutement des femmes dans les corps de métier ainsi que sur les facteurs, « systémiques et structuraux », qui font obstacle à ce recrutement.

L’étude fait état de quatre niveaux d’obstacles, à savoir les niveaux individuel, interpersonnel, organisationnel et systémique. Cela va de soi, chaque niveau comporte ses propres facteurs qui viennent compliquer le recrutement. Au niveau individuel, ces facteurs comprennent les connaissances, les valeurs et le niveau de confiance en soi d’un individu. Au niveau interpersonnel, il s’agit des attitudes et comportements négatifs sur les lieux de travail. Parmi ces attitudes et comportements, on note le harcèlement et l’intimidation. Les propos des proches, surtout s’ils ne sont pas encourageants, sont aussi des facteurs importants à ce niveau. Les facteurs du niveau organisationnel découlent, comme on s’en doute, de pratiques, de politiques et de normes qui distinguent entre hommes et femmes. Enfin, au niveau systémique, on retrouve principalement des facteurs sociaux tels que les attitudes et croyances, parfois bien ancrées, quant aux rôles respectifs des hommes et des femmes ainsi qu’aux exigences liées à l’exercice des métiers (par exemple, il faut être capable de soulever des objets lourds pour travailler dans la construction).

L’étude note également que l’importance relative de ces obstacles varient selon les différentes étapes du parcours professionnel : ainsi, les obstacles systémiques sont plus importants au moment où les femmes considèrent le choix d’une carrière comme personne de métier alors qu’elles doivent composer avec les stéréotypes sociaux selon lesquels une femme n’est pas faite pour l’exercice d’un métier. 

Une fois l’apprentissage terminé et au moment des premiers pas sur le marché du travail, ce sont les obstacles interpersonnels qui dominent alors que plusieurs femmes se retrouvent confrontées, souvent pour la première fois, avec la dure réalité du harcèlement et de l’intimidation sur les lieux de travail. Elles déplorent également le manque de mentors ou de ressources qui pourraient leur venir en aide pour surmonter ces obstacles. Pas étonnant de constater que la majorité des femmes qui abandonnent l’exercice d’un métier le font à cette étape. 

Enfin, celles qui persévèrent se heurtent à des obstacles organisationnels tout au cours de leur carrière, notamment sous la forme de pratiques d’embauche et de promotion discriminatoires.

L’étude identifie également certaines actions susceptibles de minimiser l’impact des obstacles et, par conséquent, de contribuer à attirer un plus grand nombre de femmes dans les métiers traditionnellement réservés aux hommes. Parmi ces actions, on note l’élaboration d’outils et de ressources pour mieux préparer les femmes à la réalité des lieux de travail (niveau individuel), la mise sur pied de réseaux de soutien et de mentorat (niveau interpersonnel), l’instauration de pratiques d’embauche et de promotion équitables (niveau organisationnel) et un accroissement des activités de sensibilisation (niveau systémique).

Publiée par la Société de développement économique de la Colombie-Britannique, la série de dossiers « L’économie déchiffrée » vise à mettre en relation plusieurs données statistiques liées à l’économie de la Colombie-Britannique dans le but de mieux outiller sa clientèle afin qu’elle comprenne davantage les défis présents et à venir.

Sources :

  1.  https://www.workbc.ca/labour-market-industry/top-demand-trades.aspx
  2.  https://www150.statcan.gc.ca/t1/tbl1/en/tv.action?pid=1410033502
  3.  https://catalogue.data.gov.bc.ca/dataset/certificates-of-qualification-issued-by-the-industry-training-authority/resource/bce3a656-71b9-4d47-89a3-e3fa7464bae3
  4. https://www150.statcan.gc.ca/t1/tbl1/fr/tv.action?pid=1410033502&request_locale=fr
  5. http://www.rbc.com/community-sustainability/_assets-custom/pdf/FINAL-FP-report-Online.pdf
  6. https://www.srdc.org/media/199982/bc-women-in-trades-final-report-february-2017.pdf

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2022-07-08T14:22:58-07:0015 mai 2022|Catégories: Économie déchiffrée|Tags: |

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